LH71 - La LH de la liberté

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Les Télévoyages d’Amélie - La culture Shuar

Les Télévoyages d'Amélie : La culture Shuar

article écrit par Amélie Canchaya

Les Shuars sont un peuple vivant majoritairement en Equateur mais également un peu au Pérou. Historiquement, on appelait les Shuars, les Jivaros, mais ce terme signifiant barbare/sauvage et étant péjoratif, il est entièrement refusé par tous les Shuars et ne sera donc évidemment pas utilisé durant cet article.

Carte approximative des lieux de vie des population autochtones de l'équateur avec en bleu très clair le territoire des Shuar (Shuar- Achuar sur la carte)

Un homme Shuar

Qu'elle est l'histoire de ce peuple,

Les shuars ne possèdant pas d'écriture ce que nous savons de leur culture nous vient de la transmission orale et des sources extérieurs. De ce fait cette histoire contient énormément de trou.

On sait qu'aux alentours de 1493, l'Inca Huayna Capac ( que nous avions évoqué dans notre épisode sur les Incas que vous pouvez retrouver avec ce lien) tenta d'envahir et de conquérir le pays des Shuars. Cependant, les Shuars étaient des combattants puissants et avaient une excellente connaissance de la forêt leur pays. Ils réussirent de ce fait à vaincre les grandes armées du puissant et magnifique empire Inca stoppant à jamais l'expansion Inca dans le Nord est.

Carte approximative de l'empire Inca et ces expansions

Guerrier Shuar en tenue traditionnelle

En 1550, les espagnols attiraient par les potentiels gisements d'or pouvant se trouver en territoire cherchèrent à envahir le territoire.

Au prix de nombreuses vies Shuar et aidaient par la géographie de forêt amazonienne, les Shuars chassèrent les conquistadors de leur pays en 1599 dirigés par le chef Kirup.

Cette victoire leur fit recevoir une grande réputation de guerriers féroces, redoutés et indomptable. De plus certaines de leurs traditions comme la tradition des Tzantzas, la coutume des têtes réduites font marquer les esprits espagnols.

Exemple de Tzantza

C'est à partir de cette période que les espagnols font commencer à utiliser le terme de Jivaro (Xivaro), un terme rejetée par les Shuars car celui ci signifie, sauvage et barbare. De plus, va commencer à apparaître l'image pour les Shuars d'un peuple sauvage et barbare coupant des têtes.

D'autres tentatives militaires espagnols n'auront pas un meilleur succès pour les espagnols.

Vers 1640, les missionaires jésuites tentent de s'installer en pays Shuar pour les évangéliser. Les Shuars sont très opposés à cette idée et chassent chaque missionaire qui tente de venir dans leur pays.

L'échec de toute ces expéditions financés par les espagnols pousse les espagnols à interdire au XVIII ème siècle les expéditions en territoire Shuar.

Cela offrit ainsi aux Shuars la possibilité de continuer à vivre sans subir la colonisation espagnole. Et malgré l'indépendance de la Grande Colombie et puis de l'équateur, ces états laisseront les Shuars autonomes pour un temps.

Carte de la Grande Colombie

Carte de la Colombie

C'est à partir du XXème siècle principalement que les autorités de l'état équatorien font commencer la colonisation du territoire Shuar, ils y font également pour récupérer les richesses que possède le sol du pays Shuars, ainsi que pour obtenir des terres cultivables. L'état va justifier les exactions commises sur les populations autochtones par le vieux mythe des Shuars comme un peuple sauvage et sanguinaire.

Dans le même temps, des missions catholiques et protestantes s'installent dans le pays Shuar et utilisent leur énergie à essayer de sédentariser les Shuars et à leur inculper les principes de la civilisation occidentale. Pour ce faire, ils font kidnapper les enfants pour les mettre dans des internats coupant ces enfants de la culture de leurs parents.

De plus les conflits frontaliers dans la région entre le Pérou et l'Equateur à cause de différents sur la frontière commencent en 1830 et ne seront résolu qu'en 1998 provoque de nombreux conflits dans la région.

Carte indiquant la région où se trouvait les revendications territoriales des deux pays

Revendication de l'équateur à partir de 1960

Cela va pousser de nombreux Shuars à fuir la région pour fuir la guerre vers l'équateur. De plus la formation des nouvelles frontières après ces guerres sépara les communautés Shuars entre elle.

En 1986, toute les organisations indigènes se sont unis sous l'effichie de la Confédération des nationalités indigènes de l'Équateur ( Confederación de Nacionalidades Indígenas del Ecuador, ou CONAIE). Il s'agit d'une organisation demandant la reconnaissance par le gouvernement des langues indigènes par le gouvernement équatorien.

En 1990, du 4 au 10 juin, la CONAIE organise le plus grand mouvement indigène de grèves,manifestations, occupations de grandes propriétés et d’administrations, blocus agricoles que l'équateur avait connu. Il eut lieu quelques jours avant les élections du 17 juin 1990 en équateur marquant le début des grandes luttes indigènes.

Le gouvernement équatorien répondu avec une forte violence et il y eut de grands affrontements entre les parties.

En 1996, la Conaie paralyse la capitale Quito ( ancienne capitale du Nord de l'empire Inca) pendant 2 semaines. Après que le gouvernement décréta l'état d'urgence, finalement le gouvernement négocia avec le Conaie et ces représentants. Les indigènes arrivant à mettre fin à une tentative de loi qui espèrait mettre en cause la propriété publique des terres vierges au profit de la privatisation et l´exploitation de ces terres ( signalons que l´Équateur possède de grandes réserves de pétrole), ainsi que la privatisation du secteur pétrolier et des ressources en eau. La diffusion quotidienne de débats télévisés apporta une visibilité nationale au mouvement indigène.

Manifestation du Conaie en 2002 arborant le drapeau arc en ciel symbole de l'empire Inca ainsi que le Wiphala symbole du peuple Quechua mais aussi du peuple Aymara (un peuple qui faisait partie de l'empire Inca qui vit majoritairement en Bolivie)

Wiphala dans le Coricancha, le temple du Soleil à Cuzco la capital de l'empire Inca ( se trouvant au sud de l'actuel Pérou)

En 1996, les mouvements indigènes forment le partit Pachakutik (le nom faisant référence à l'Inca Pachacutec, le premier Inca qui fit du royaume de Cuzco, un empire) qui participa aux élections présidentiels, arrivant 3ème. Ils obtiennent plusieurs municipalités.

Logo du partie ( rappelons ici que l'arc en ciel est un symbole de renaissance dans la pensée inca)

à la suite des mesures économiques qui ont engendré de fortes augmentations du prix du gaz, de l’électricité, des télécommunications et notamment de l’essence et de la montée de la corruption en équateur, en début 1997, un nouveau soulèvement du Conaie et d'autres mouvements aboutit à la destitution du président équatorien Bucaram qui fuya au Panama.

Le président Bucaram

Cette événement provoca la création du Ministère éthique du Fonds national pour le développement des peuples indigènes.

En 1998, l'équateur se dote d'une nouvelle constitution dont voici un extrait de l'article 1 :

« 1) L'Équateur est un État social de droit, souverain, unitaire, indépendant, démocratique, pluri-culturel et multi-ethnique. Son gouvernement est républicain, présidentiel, électif, représentatif, responsable, alternatif, participant et d'administration décentralisée. [...] » « 3) L'État respecte et stimule le développement de toutes les langues équatoriennes. Le castillan est la langue officielle. Le quechua (la langue des incas), le shuar et les autres langues ancestrales sont d'usage officiel pour les peuples indigènes, selon les termes fixés par la loi. [...] »

En juin 1999, un mouvement autochtone pour la reconnaissance des terres paralysa le pays et malgré l'opposition de l'armée et de nombreux partis, le président Borja rendu 11 000 km2 à la confédération Shuar.

Président Borja

Le 25 juin 2008, le Shuar devient langue officielle de l'équateur aux côtés du Quechua ( le dialecte de l'équateur est appelé le Kichwa) et de l'espagnol.

En 2004, on dénombrait environ 35 000 Shuars qui parlaient encore la langue Shuar et environ 80 000 shuars.

En 2018, une femme Shuar, Diana Atamaint est devenue présidente du conseil électoral national de l'équateur (l'organisme chargé de s'occuper des élections).

Diana Atamaint

Shuars en tenues traditionnels à Logrono, une ville en équateur

Passons maintenant à la découverte de la riche culture Shuar :

Commençons par un peu de mythologie :

Arútam, dieu des dieux :

Il est le Dieu des dieux. Il vit dans les chutes d’eau et arrive jusqu’aux Shuars par les rivières.

Esprit suprême, protecteur, transcendant et surnaturel qui transmet une force spéciale à l’homme. Avec sa puissance divine, il imprègne la Terre et l’Univers pour produire des effets concrets dans la réalité. C’est la racine et la mentalité du monde Shuar.

Il est conçu comme une divinité dont la vie est similaire à celle du peuple Shuar. Ainsi Arútam est le modèle idéal à suivre pour le peuple Shuar.

Il n’a pas de corps, il se manifeste dans un large éventail d’êtres supérieurs liés à des phénomènes tels que la création du monde, la vie, la mort et la maladie. Les principaux sont :

Le premier est Etsa , Le Soleil, créateur des animaux qui vivent sur la terre :

Représentation d'Etsa

Etsa est le seigneur des animaux terrestres. Sa manifestation principale est le Soleil, mais il peut aussi apparaître sous la forme de n’importe quel animal diurne. Il aide les Shuars en leur donnant le pouvoir de chasser à travers la pierre appelée yuka qu’ils trouvent à l’intérieur des animaux chassés (un calcul qui se forme parfois à l’intérieur d’un organe, habituellement le système digestif ou urinaire). Ils l’invoquaient et le plaçaient dans les enclos pour multiplier les animaux domestiques.

Il combattait dans une lutte éternel le démon Iwia. Il y avait un mythe les concernant expliquant la représentation d'Etsa.

Iwia est un démon terrible. Il a toujours eu l’habitude d’attraper les Shuar, de les mettre dans son énorme sac et de les manger. C’est ainsi qu’un jour, il a attrapé et mangé les parents d’Etsa. Puis il a kidnappé le petit garçon et lui a fait croire qu’il était son père.

Quand Etsa grandissait, tous les jours à l’aube, il partait à la chasse pour l’insatiable Iwia qui commandait toujours des oiseaux pour le dessert. Le garçon revenait avec le gigantesque shigra (sac) rempli d’oiseaux de toutes les espèces, mais un matin, alors qu’il commençait sa chasse, il découvrit avec étonnement que la forêt était silencieuse. Il n’y avait plus d’oiseaux colorés nulle part. Seule restait la colombe Yápankam, perchée sur les branches d’un Malitagua.

Quand Etsa et la colombe se sont rencontrés au milieu de la solitude, ils se sont regardés pendant longtemps.

– Tu vas me tuer aussi ? demanda Yápankam.

– Non, a dit Etsa, à quoi cela servirait-il ? J’ai l’impression d’avoir laissé toute la selva sans oiseaux, ce silence est terrible.

Etsa a senti sa force s’estomper et il est tombé sur le matelas de feuilles sur le sol. Puis Yápankam s’est envolé vers l’endroit où se trouvait Etsa et, peu de temps après, ils sont devenus amis .

La colombe Yápankam en a profité pour raconter au garçon comment Iwia avait tué ses vrais parents. Au début, Etsa refusait de croire ce qu’elle disait, mais au fur et à mesure qu’il écoutait, il a commencé à se réveiller de la déception qu’Iwia avait tissée, puis, comme s’il avait été brisé par la foudre, il s’est effondré dans une longue complainte. Rien ni personne ne pouvait le réconforter : il pleurait avec un mélange de rage et de tristesse, frappant de ses poings le tronc épineux de l’énorme malitagua.

Quand Yápankam s’est rendu compte qu’Etsa commençait à se calmer, il a dit :

– Etsa, mon garçon, tu ne peux rien faire pour ramener tes parents à la vie, mais tu peux quand même ramener les oiseaux à la vie.

– Comment ? voulu connaître Etsa.

La colombe expliqua : « Mets les plumes des oiseaux que tu as tués dans la sarbacane et souffle. »

Le garçon l’a fait immédiatement : de sa longue sarbacane des milliers, des millions d’oiseaux de toutes les couleurs ont commencé à sortir, qui ont pris leur envol et avec leur joie ont à nouveau peuplé la forêt. Depuis lors, Etsa, le Soleil et Iwia ont été des ennemis mortels.

Voici également un deuxième mythe sur Etsa expliquant pourquoi le ciel est loin de la terre :

Etsa vivait avec les hommes. Il avait une sarbacane et avait toujours raison quand il soufflait les flèches. Il a enseigné aux hommes à fabriquer des flèches avec cinq espèces différentes de palmiers. Le ciel était alors très proche de la terre. Etsa descendit et monta vers lui par un escalier de lianes qui se trouvait parmi les arbres de la forêt. Il voulait tester les hommes et leur interdire de manger du toronche (numpi).

Kujancham, un homme, est sorti une nuit pour chasser les singes. Les heures ont passé et personne ne s’est présenté. Près de l’endroit où il était, il y avait un arbre numpi. Les fruits sont tombés de l’arbre. Il avait faim. Il prit les fruits qui étaient sous l’arbre et les mangea. Les singes ont commencé à venir. Kujancham a pris les flèches et a tiré. Lui qui avant ne ratait pas une flèche, maintenant il ne pouvait pas toucher une cible. Pour que Etsa ne s’en aperçoive pas, il a fait d’autres flèches comme celles qu’il lui avait données. Il s’est présenté à Etsa et a dit : « Voici les flèches que tu m’as données. Etsa lui a demandé s’il avait mangé du numpi. Mais il l’a nié. Etsa lui a donné du tabac et avec lui, vomissant ce qu’il avait mangé, Kujancham a été découvert.

Etsa l’a alors maudit : Maintenant, seuls les meilleurs peuvent chasser, les autres doivent souffrir pour obtenir leur nourriture.

Et comme il maudit, il souffla dans le ciel pour indiquer que ce qu’il prétendait être s’accomplisse.

En colère, il s’en alla au milieu des arbres, atteignit les escaliers et monta les escaliers jusqu’au ciel, ne revint jamais. Quand il est parti, il l’a cassé en le mordant avec ses dents. Depuis, le ciel s’est éloigné de la terre.

Voici un dernier mythe faisant intervenir Etsa sur le fait de bien travailler.

Ayumpum, être mystérieux, maître de guerre, voulait avoir un jardin. Il appela les deux jeunes hommes les plus forts de la communauté et leur dit :

-Jempe et Yakakua, je vous ai choisi pour m'aider à cultiver un jardin.

Jempe se levait tôt pour travailler et revenait avant dix heures. Alors que Yakakua rentrait très tard.

Les femmes de la communauté ont commenté :

-Yakakua est un grand travailleur, il passe la journée à cultiver la terre. D'un autre côté, Jempe travaille peu, revient tôt ; Yakakua se débat et rentre fatigué et très tard du travail.

Une autre femme a déclaré :

-Il faut servir un bon repas à Yakakua, l'autre, Jempe, parce qu'il est paresseux, donnons-lui seulement de l'eau à boire.

Les femmes se moquaient de Jempe et le méprisaient.

Quand Ayumpum est arrivé, il a envoyé les femmes vérifier combien chacun des jeunes hommes avait travaillé. Quelle ne fut pas la surprise des femmes lorsqu'elles virent que pendant que Jempe travaillait concentré sur la tâche et avait réussi à cultiver plus de la moitié du jardin, l'autre, Yakakua, lentement et paresseusement, prenait une pierre du sol et, en guise de jeu, la faisait rouler dans la plaine.

Les femmes se précipitèrent vers la maison pour raconter à Ayumpum ce qu'elles avaient vu .Pour récompenser Jempe, on lui prépara un grand banquet que le jeune homme refusa parce qu'il était avait du mal à digérer à cause de l'eau que les femmes lui donnaient à boire.

Grâce à son bon comportement, Jempe s'est immédiatement transformé en un magnifique colibri, destiné à butiner le miel des fleurs.

Un Colibri

D'un autre côté, Yakakua était non seulement l'objet du mépris des femmes, mais en guise de punition pour sa paresse, elles lui cuisinaient un plat avec des plantes qui démange et le nourrissaient avec. Immédiatement après, le jeune homme a développé une démangeaison si intense dans la gorge et sur le corps qu'il ne pouvait s'empêcher de se gratter et sa peau est devenue rouge foncé. Puis il est devenu un oiseau à cou rouge très peu attrayant.

Etsa, qui regardait tout, dégoûté de Yakakua et satisfait de l'attitude de Jempe, souffla ces mots au vent :

« Celui qui sait travailler sera heureux et aura ce dont il a besoin pour sa famille ; les paresseux et les malhonnêtes seront mal vus par la société."

Le deuxième est Tsunki, Le propriétaire des eaux

Représentation de Tsunki

C’est un être suprême, une divinité qui vit sous l’eau et a des pouvoirs. Il enseigne aux Shuar tout ce qui concerne la pêche et la santé. Selon certaines interprétations, il est le frère de Nunkui. TsunkiSu est sa principale manifestation, mais il prend aussi la forme de tous les animaux aquatiques : canard, crabe, etc. et dans les ruisseaux où les gens se baignent -pour les visiter- celui d’un serpent. Pour cette raison, les Shuars considèrent le bain presque comme un rite, ils l’exécutent quotidiennement avec le désir de rencontrer Tsunki.

Il enseigne les techniques et les anent (chansons) de la pêche. Il remet les pouvoirs à l’uwishin (chaman), à travers une pierre appelée Namur.C’est un être suprême, une divinité qui vit sous l’eau et a des pouvoirs. Il enseigne aux Shuar tout ce qui concerne la pêche et la santé. Selon certaines interprétations, il est le frère de Nunkui. TsunkiSu est sa principale manifestation, mais il prend aussi la forme de tous les animaux aquatiques : canard, crabe, etc. et dans les ruisseaux où les gens se baignent -pour les visiter- celui d’un serpent. Pour cette raison, les Shuars considèrent le bain presque comme un rite, ils l’exécutent quotidiennement avec le désir de rencontrer Tsunki.

Il enseigne les techniques et les anent (chansons) de la pêche. Il remet les pouvoirs à l’uwishin (chaman), à travers une pierre appelée Namur.

Un mythe parlant de Tsunki vient du mythe qu'utilisaient les Shuars pour parler de leurs origines que voici :

On dit qu’un Shuar est allé chasser et ses chiens ont traqué un guantaet l’ont tué dans la rivière. Lorsqu’il cherchait le guanta, s’est présentée une femme Tsunkinua qui l’a transporté dans les profondeurs de l’eau.

Des Guantas

Elle l’a ramené à la maison et l’a présenté à son père comme son petit ami. On lui a offert un anaconda comme siège. Mais l’anaconda voulait manger le Shuar.

Un Anaconda

Puis ils ont changé de siège et lui ont offert un kunkuim (une tortue). Le nouveau siège a commencé à se déplacer vers l’avant, s’arrêtant lorsqu’il a heurté sa tête. Le Shuar sentait que sa vie était en danger ici. Il a décidé de rentrer chez lui. Il a emmené sa nouvelle femme, Tsunkinua, qui était devenue un serpent (titink), et l’a gardée dans un pitiak (panier imperméable).

Un jour, il a dû aller chasser, avertissant ses enfants et ses femmes de ne pas toucher au pitiak. Eux, pleins de curiosité, descendirent le panier et trouvèrent le serpent titink à l’intérieur. Dominés par la peur, ils l’ont perforé avec des tisons brûlants. La couleuvre Tsunkinua a humidifié le sol et a disparu de la vue de ses agresseurs, retournant chez son père.

Immédiatement, le ciel a commencé à s’assombrir et un grand déluge a commencé à se produire. Le Shuar qui était parti chasser est revenu en hâte. Il a demandé à ses filles ce qui s’était passé. Il a vérifié qu’ils avaient ouvert le panier et maltraité Tsunkinua. Le Shuar a pris sa plus jeune femme dans ses bras et a quitté la maison où le reste de sa famille a péri à cause du déluge. Après l’inondation, le Shuar a repeuplé la forêt avec sa femme.

En troisième, nous avons Nunkui porteuse de la connaissance du monde féminin

Représentation de Nunkui

Nunkui est la déesse des vergers, des cultures, de la maison et de la poterie. Sa protection s’étend à l’ensemble du monde féminin. Propriétaire de la terre et de tout ce qui s’y trouve. Toutes les femmes sont aussi des filles de Nunkui, pour la contacter elles boivent du jus de tabac dans leur propre potager. Si elles veulent avoir une plantation fructueuse, une bonne chasse et un prestige social, elles doivent lui dédier des « anents » (chansons) pour attirer ses forces créatrices. Les plantes sont symboliquement les filles de Nunkui et sont représentées par les nantars, des pierres que chaque femme cache dans ses vergers.

Le premier mythe sur Nunkui que je vais vous présenter explique l'origine des cultures :

Il y a longtemps, les Shuars étaient des cueilleurs, ils vivaient des fruits qu’ils trouvaient dans leur environnement. Une femme affamée, après avoir longuement marché le long de la rivière, aperçut une autre femme qui avait de nombreux tubercules, s’approcha d’elle et, voyant ses chankins ( ces paniers en langue Shuars) pleins de nourriture, lui demanda si elle pouvait lui donner quelque chose. La femme a dit :

– Je suis Nunkui, propriétaire de tous les tubercules, cochons et poulets, je peux tout te donner si tu prends soin de ma fille, lui demanda-t »elle, mais si tu ne la traites pas bien, tout ce que je t’ai donné sera emporté.

La femme l’a ramenée chez elle et, à sa demande, la jeune fille l’a remplie de tubercules ; pour la première fois, elle a donné à son mari de la chicha (de la bière de maïs) et tout était prospérité.

Chicha (A'ka en Quechua)

Un jour, la dame est sortie dans le jardin et a laissé la fille avec ses enfants. Les enfants ont commencé à demander des choses absurdes : serpents, singes, etc. ; la fille a apporté les corps des animaux sans leur tête et les enfants en colère ont versé des cendres dans ses yeux. La petite fille de Nunkui a commencé à pleurer sans pouvoir se consoler et a grimpé sur le pau (pilier d'une maison Shuar) jusqu’à ce qu’elle atteigne le toit, ses pleurs ont causé de grandes tempêtes. Puis elle s’est cachée dans un bambou. Quand la dame est retournée à la maison et a vu ce qui s’était passé, elle a essayé de sortir la fille du bambou mais elle est descendue d’un autre côté et est descendue sous terre ; la dame a coupé le bambou et n’a trouvé que trois pierres qui ressemblaient à du sang appelées nántar.

Nunkui, voyant ce qu’ils avaient fait à sa fille, est devenue furieuse et les a maudits, leur disant qu’à partir de ce jour-là, elles auraient à cultiver leurs propres cultures, et elles recevraient peu de leurs jardins, qu’ils devraient travailler très dur pour que les tubercules poussent dessus. C’est pourquoi les femmes font des anents (des chansons Shuars) pour Nunkui, afin qu’elle puisse prodiguer ses pouvoirs pour les récoltes et les animaux de compagnie. Elles placent toujours les ñantars dans le verger, à l’intérieur d’un pinin, un bol en céramique, face vers le bas, de sorte que la fille ne s’échappe pas et fournisse une bonne récolte.

Un deuxième mythe est à propos de la céramique :

Avant, tous les objets en céramique étaient fabriqués par Nunkui, les pièces étaient d’une grande beauté et résistantes, les femmes en étaient pourvues sans avoir à les fabriquer. Un jour, elles décidèrent de la défier, essayant de fabriquer des pièces encore meilleures pour conquérir les hommes. Nunkui, offensée, décida qu’à partir de maintenant elles devraient toujours faire leurs propres pièces, reconnaître la bonne argile et prendre grand soin dans sa fabrication et sa cuisson.

Les femmes fabriquaient des ustensiles de mauvaise qualité et ne partageaient leurs connaissances avec aucune autre femme. Une très belle femme avait épousé un bon chasseur, elle avait reçu de lui la meilleure proie, mais elle était en difficulté parce qu’elle n’avait rien pour la cuisiner, elle suppliait les femmes autour d'elle de lui apprendre à travailler la poterie, mais aucune n'accepta jamais. Ces femmes, pleines d’envie, essayaient toujours de conquérir le chasseur en lui disant qu’elles avaient un endroit pour cuisiner son gibier, il n’était jamais convaincu.

La jeune femme a décidé de suivre les femmes pour voir où elles trouvaient l’argile ; cachée, elle les a vues jouer avec l’argile et s’en moquer. Nunkui, en découvrant l’épisode, était furieuse, elle ne comprenait pas comment elles pouvaient manquer de respect à la meilleure argile et servait à faire l'entre jambe des demoiselles. La femme qui se cachait sortit à sa rencontre et la supplia de lui enseigner tout l’art de faire de la céramique. Nunkui lui a fait confiance, lui a donné sa meilleure boue et lui a appris à faire la marmite (la ichinkian en Shuar), la marmite pour faire fermenter la chicha ( la muits en langue Shuar), les plats pour servir la nourriture (la pinink en langue Shuar ), le pot pour boire la chicha (la umámuk en Shuar ), celui pour boire la guayusa (une infusion de l'Amazonie qui se prépare avec les feuilles de l'arbre Guayusa) (le yukunt en langue Shuar ) . Elle lui a enseigné que chaque pièce de céramique devait être travaillée sur différentes planches pour qu’ils ne soient pas détruits pendant le transport, à travailler l’argile avec de la ficelle, à la lisser avec un kuíship ou avec la coquille de celle-ci, à la cuire en la recouvrant de bois de chauffage, à la peindre avec du bois pur et du kitiún (certains pigments), à la vernir avec de la chipia et l’imperméabiliser avec de la cire de kantse. L’ensemble de la tâche doit être réalisée avec des anents appropriés et en soufflant sur ses mains pour que Nunkui puisse lui transmettre ses pouvoirs.

Terminons maintenant avec Sakaim,Protecteur de la jungle (il y a pleins d'autres manifestations d'Arútam mais nous aurons ainsi vue les plus importantes)

Protecteur de la forêt amazonienne, il fournit aux Shuars les animaux et ce dont ils ont besoin pour vivre. Sa principale manifestation est celle d’un travailleur. De nombreux arbres de la forêt se cachent sous une écorce fragile ou majestueux. Ce sont les créatures de Shakaim, frère ou mari de Nunkui selon les interprétations, qui cultivent la forêt comme une gigantesque plantation et indiquent aux hommes les endroits les plus appropriés pour ouvrir des clairières. Les limites de la nature sont ainsi repoussées par cette socialisation des légumes, car la forêt amazonienne apparemment sauvage n’est que le jardin surnaturel où Shakaim exerce son talent horticole. En créant des clairières pour leurs cultures, les hommes ne font que remplacer les plantations de Shakaim par celles de Nunkui, toutes deux domestiquées pour leur propre bénéfice par des esprits complaisants.

Passons maintenant à l'organisation sociale dans la culture Shuar. Les Shuars sont divisés en clans. Les clans se basent sur la famille élargie qui vivent dans différentes maisons communautaires qui selon le clans regroupent une où plusieurs familles apparentés avec où sans séparation selon les genres.

Maison Shuar

La polygamie autrefois courante, à la seule condition pour l’homme d’être capable de subvenir aux besoins de la famille, est désormais rarement pratiquée.

Parmis les activités genrés, on a la chasse, la pêche et la cueillette, qui sont dévolues aux hommes tandis que la culture du jardin, plantes potagères et médicinales, et de l’élevage est le domaine des femmes chez les Shuars. A part cela, les Shuars n'ont pas énormément de séparation des rôles au sein de leur société et une hiérarchie assez faible (à peine un chef de tribu et des chamans). La réciprocité est au centre de la société Shuar mais aussi dans son rapport à la nature. Si une famille Shuar manque de nourriture, elle sera aidée par les autres.

Les Shuars ont en plus dans leur société des Chamans pour communiquer avec les êtres supérieurs, de transmettre le savoir et de guérir les maladies.

Chez les Shuars, la maladie est perçue comme un déséquilibre entre l’homme et la nature dont il fait partie. Elle peut survenir lorsque les actions de l’individu sont en désaccord avec lui-même, les autres ou le monde. L’acte de guérison est donc de rétablir l’équilibre avec entre autres l’aide des plantes (dont l’Ayahuasca, boisson hallucinogène) dont le rôle est de permettre de refaire le lien entre l’homme et l’environnement.

Exemple d'Ayahuasca

Parlons maintenant des Tzantzas (les têtes réduites) :

des Tsantzas Shuar

Les clans Shuars étaient généralement en conflit mais pas pour récupérer des terres où des ressources mais plutôt pour récupérer la force de l'ennemie et généralement aussi de se venger de l'ennemi ( dans un cycle de Vendetta éternel).

Récupérer la tête permettait ainsi au guerrier qu'y l'avait de récupérer la force de celui qu'il avait tué mais également de contenir l'âme vengeresse du mort dans cette tête.

La fabrication de la Tsantza suivait un rituel extrêmement codifié (qui comprenait de mettre la tête dans une infusion d'écorce pendant des heures pour citer une étape) qui permettait de rétrécir la tête et de la conserver ainsi.

Elles seront pendant de nombreuses années des objets de curiosité pour les musées du monde, cependant la fédération Shuar demande le retour dans leur terre d'origine car cela reste des témoignages de leur culture.

Terminons par quelques images de Shuars en tenue traditionnelle :

Exemples de Shuars en tenue traditionnelles

Pour finir une chanson écrite par une Shuar en espagnol se nommant Tzen tze re rei ( signifiant la flèche qui avance en Shuar) : https://www.youtube.com/watch?v=VmRnBaqvqyM

Je vous remercie d'avoir lue cette article en espèrant qu'il vous aura plu !